The Amazing Spider-Man 2 : un héros confronté à son destin? - Comics Prime

 

Le temps est inéluctable. Rien ne l’arrête, il file et avance sans que quoi que ce soit ne puisse le bloquer. On aura beau ralentir autant que l’on veut les aiguilles d’une montre, jamais cela ne pourra stopper le rythme de la vie qui s’égrène, seconde après seconde. Bizarrement, ce genre de remarque n’est pas la première à laquelle on pense quand on parle d’un film Spider-Man, à fortiori « The Amazing Spider-Man 2 », largement décrié à sa sortie et traînant encore de nos jours une réputation des plus négatives. Et pourtant, une bonne partie du récit tourne autour de cela : ce temps qui file et qu’on ne peut stopper.

 

Société de production : Sony Studios
Réalisateur : Mark Webb
Scénario : Alex Kurtzman, Roberto Orci et Jeff Pinkner
Date de sortie: Avril 2014.
Durée : 142 min.

Synopsis : Peter Parker doit gérer sa relation avec Gwen Stacy alors qu’un ancien employé d’Oscorp se retrouve transformé et que son meilleur ami Harry revient.

 

 

Time is running out

Dès le premier plan, avec cette caméra sortant des engrenages de la montre de Richard Parker, le film annonce aussi bien son final qu’un drame sourd en arrière-plan du divertissement coloré offert. Plusieurs personnages cherchent ainsi à s’opposer à l’inéluctable ou à percer des mystères restés enfouis par sa faute. Il y a ainsi quelque chose de cyclique dans les actions de Peter et d’Harry, chacun répétant d’une certaine manière les actes de leurs pères respectifs. Le temps est dès lors le principal ennemi de nos héros, apparaissant par instants tel le fantôme du capitaine Stacy, une impossibilité de réagir et une imprévisibilité du futur.

Soyons francs : « The Amazing Spider-Man 2 » aura connu une production infernale, notamment par le biais de nombreuses scènes coupées qui auront irrité Andrew Garfield et mettant le feu à cette itération de l’Homme Araignée. Pour revenir sur certaines disparitions dramatiques, on pense au personnage de Mary Jane Watson, incarnée par Shailene Woodley, ou encore une fin révélant que Richard Parker était encore en vie (ce qui aurait été un pied de nez par rapport au traitement de Norman Osborn tout en étant passionnant). Mais quelque chose s’en dégage avec un certain intérêt.

 

Opéra Rock

Tout d’abord, la prise de position visuelle. Il faut bien admettre qu’en visionnant les deux « Amazing Spider-Man » d’affilée, on est frappé par la différence formelle entre les deux films. Le chef opérateur John Shwartzman (Jurassic World) laisse la place à Dan Mindel, collaborateur de JJ Abrams sur Mission Impossible 3, ses deux Star Trek, le Réveil de la Force et prochainement l’Ascension de Skywalker. On sent l’évolution à l’écran d’une ville plus « sombre » à quelque chose de plus solaire, soulignant la prise de confiance du héros et son statut plus populaire.

Mark Webb apporte également plus de dynamisme à sa mise en scène et transforme le film en véritable opéra rock, n’hésitant pas à jouer du montage musical pour essayer de gagner une part de lyrisme, ce qui fonctionne par instants. On est loin de la douceur d’un apprentissage des pouvoirs sur du Coldplay mais cela passe quand même sans véritable déshonneur. On sera moins positifs sur la bande originale même qui expérimente, au risque de sembler lourde par instants, bien qu’elle comporte sa dose de moments réellement prenants.

Le poids du destin

De la lourdeur, c’est également ce qui est largement reproché à Jamie Foxx dans son interpétation d’Electro et très sincèrement, il faut bien reconnaître qu’il appuie beaucoup l’aspect grotesque du protagoniste. Néanmoins, sa place dans le récit s’avère intéressante, contrebalançant l’une des idées pas abouties du film sur la reconnaissance publique progressive de Spider-Man. Par sa couleur de peau, on pourrait aussi souligner l’oppression sociale qu’il subit et l’accomplissement qu’il obtient par accident, autodestruction d’une société individualiste qui préfère ignorer voire rabrouer plutôt que reconnaître.

Le titre français souligne le destin du héros qu’est Spider-Man et ce mot ne semble pas tant choisi au hasard que ça. Tout est question de destin pour les personnages, que ce soit d’un point de vue diégétique comme relever l’héritage d’un père inconnu ou presque (Peter, Harry) ou extra diégétique en cherchant à ne pas connaître le même sort funeste que dans le médium original (Gwen). L’influence du destin et ses coups du sort forment un fond dramatique presque invisible mais pourtant pertinent par rapport au traitement de ses protagonistes.
Jamais le film n’arrive à atteindre l’équilibre délicat et si puissant d’un « Spider-Man 2 », où les problèmes économiques et relationnels de Peter étaient aussi dramatiques que son némésis. D’ailleurs, on a l’impression que certains arcs sont inaccomplis, telle May et ses études d’infirmière. Néanmoins, la manière dont s’agencent d’autres points fonctionne, comme la relation entre Peter et Gwen. La manière dont celle-ci se conclut arrive à faire saigner le cœur justement par leur écriture ainsi que l’alchimie entre Emma Stone et Andrew Garfield.

 

Le drame de l’Homme Araignée

En cela, la manière dont le script prolonge la mythologie de cette itération s’avère intéressante, par sa thématique parentale et le traitement de Gwen Stacy (sort duquel Raimi s’était joué avec Mary Jane Watson dans son premier Spider-Man) mais aussi les annonces à venir pour cet univers. En effet, Sony, qui cherchait à concurrencer le Marvel Cinematic Universe, prévoyait déjà son propre univers partagé centré sur Spider-Man et ses némésis. L’une des dernières scènes du film appuie en ce sens avec le projet « Sinister Six » auparavant prévu et finalement réduit à néant par les chiffres vus comme décevants de cet épisode et les tensions entourant la création du long-métrage.

D’ailleurs, cela prodigue une certaine frustration à la fin du visionnage. Frustration tout d’abord de ne pas voir Garfield endosser à nouveau le costume de l’Homme Araignée tant, s’il ne joue pas la sensibilité de Maguire, il a su développer d’autres facettes de son personnage sans que celui-ci ne semble pris comme une simple blague, à la manière de la version Holland, bon interprète coincé dans une écriture inconséquente et bien trop rigolarde pour fonctionner. Frustration également de ne pas voir ce qu’aurait donné ce « Spider-Man Universe » tant Sony, s’il a fait du mal à la trilogie Raimi en s’immiscant peu à peu dans celle-ci avant de mener aux films de Marc Webb, aura finalement su offrir de bonnes adaptations ainsi qu’une version animée, « Into the Spider-Verse », qui s’avèrera une pure lettre d’amour au médium comics (oublions « Venom », ça vaut mieux pour tout le monde).

 

Un avenir peu glorieux

Mais la plus grande des frustrations, c’est de rester sur notre faim sur les implications dramatiques d’une telle version et surtout le dédain de certains envers ce film. Certes, il est grandement imparfait au vu de ses soucis en coulisses et du changement de ton brusque avec son précédent épisode. Mais sa nature solaire inonde l’écran, tout comme son drame final, mis en scène de façon aussi forte que dans les comics. Là où certains parleront de fautes de goût, on préférera rester sur l’implosion visuelle et narrative du film.

Enfin, même s’il énerve encore certains, « The Amazing Spider-Man 2 : le destin d’un héros » fait au moins ressentir quelque chose. Nous ne sommes pas face à ces téléfilms sans enjeux et aux lectures politiques enrageantes que sont « Homecoming » et « Far From Home ». Bien que ce Peter Parker n’ait pas tous les soucis d’un Maguire dans la trilogie Raimi, il se place dans un drame intime et ne joue pas de la figure héroïque avec moquerie mais avec passion. On vibre pour ses scènes d’action, on rit pour ses répliques, on ressent, on ne subit pas. Et rien que pour cette volonté de sublimer son héros tout en cherchant à créer LE divertissement populaire qui rassemble et fait plaisir. Rien que pour cela, et bien que ce ne soit pas totalement accompli, cette suite s’avère toujours aussi prenante à regarder. De toute façon, même les plus gros défauts du film s’avèrent plus intéressants que le traitement entier du personnage version MCU…

The Amazing Spider-Man 2 : un héros confronté à son destin?
Bien qu'on sente ses imperfections, The Amazing Spider-Man 2 reste plus que divertissant.
Scénario
Mise en scène
Casting
  • Visuellement coloré
  • L'alchimie Andrew Garfield-Emma Stone
  • Le drame n'est jamais mis de côté pour le divertissement
  • On sent les problèmes de production
  • Certaines expérimentations musicales diviseront
  • Les annonces pour un univers partagé qui n'existera jamais
3.8Note Finale
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