Scream 4 : le déclin du méta - Comics Prime

Un quatrième volet d’une licence réputée dans le domaine du cinéma de genre peut-il apporter réellement une réflexion à son domaine? Wes Craven répond par l’affirmative…

Société de production : Dimensions films
Réalisateur : Wes Craven
Scénario : Kevin Williamson
Date de sortie:  Avril 2011
Durée : 111 min.

SynopsisDe passage à Woodsboro pour parler de son livre, Sidney se retrouve confrontée à une nouvelle série de meurtres…

 

 

Quand en 1996, Wes Craven fit découvrir au monde son Scream, il changea les règles d’un genre aussi codifié que le slasher en se permettant de se moquer de tout ce qui régit ce type d’œuvre. En plus du succès populaire, l’influence du film marqua la pop culture à long terme, notamment dans la création de nouveaux slashers qui jouèrent également de cette réflexion méta tout aussi amusante que grinçante. Le second épisode se dirigea vers une critique du système des suites tandis que le troisième volet s’attaqua plus frontalement envers Hollywood tout en étant plombé par un contexte de tournage qui obligea à limiter la quantité de violence graphique, climat post Columbine oblige. Dès lors, le dernier film tourné par Craven (mais pas sorti suite à un décalage avec son perfectible mais émouvant My soul to take) se vit entouré de questionnements sur la pertinence d’un quatrième volet à une époque où le méta était grandement institué. Heureusement pour nous, le créateur de Ghostface se permit de rappeler qui était le maitre à bord.

Dès l’ouverture (séquence attendue désormais), Wes Craven nous installe dans un ton grinçant et clairement acerbe envers un cinéma de genre américain qui aura tellement abusé du méta sans réflexion qu’il ne peut tourner qu’à vide. Par une triple introduction orchestrée avec suffisamment d’acide pour appuyer son propos, le réalisateur annonce clairement la couleur : il va être méchant avec ce genre de productions cyniques. Ce qui adviendra ensuite corroborera cette volonté mais de manière autre : par l’affection apportée à ses personnages cultes. Dès que l’on retrouve Sidney, Gale et Dewey, il est compliqué de ne pas ressentir une certaine émotion, celle de croiser à nouveau des amis éloignés auxquels on n’espère que plus rien ne pourra leur arriver (malgré le fait qu’on sache délibérément que sans ce facteur, il n’y aurait guère de films).

En effet, ce que certains titres balancent en méta rigolard mais creux, ils oublient de l’insuffler dans le cœur et l’empathie pour leurs protagonistes, chair à pâté dociles attendant patiemment d’être massacrés de la manière la plus gore possible. Ici, on est loin de ce cas, malgré le traitement accordé à une nouvelle génération symbolique d’une jeunesse biberonnée à des suites en tous genres. Sans tomber dans une écriture de vieux râleur aigri, Craven parvient à faire de ses nouvelles victimes des cibles emplis d’une certaine rancœur (notamment par la justification des meurtres) tout en parvenant, par le biais d’un bon casting, à brosser un peu plus derrière l’archétype et créer un attachement qui nous fait craindre le pire pour certains d’entre eux (l’occasion de rappeler que Kirby est le meilleur personnage de ce volet, de manière totalement objective).

Cela passe évidemment par le trio original, marqué dans un quotidien devenu plus routinier et brisé une nouvelle fois par une série de crimes qui n’aura pas oublié son contenu graphique (malgré une scène coupée au début accentuant ce sens, en plus d’offrir un caméo du réalisateur). C’est comme si Wes Craven s’attaquait à certains producteurs grossiers qui ne font que perpétuer la même recette qu’il aura su amener en oubliant le facteur humain. On peut comprendre dès lors que les frères Weinstein, parmi les sept plaies du cinéma américain, n’auront pas apprécié cet aspect pourtant si essentiel au fonctionnement d’un récit, quel qu’il soit, sur ses spectateurs. Comment peut-on avoir peur pour des personnages si ceux-ci sont esquissés comme s’ils n’étaient que des robots qui ne patientaient que pour décéder ?

Ce questionnement sur la nature des personnages passera donc par une recréation d’archétypes étant redéfinis avec modernité ainsi que par la subtilité de quelques séquences. On pensera ainsi à ce dialogue entre deux policiers sur leur statut de futures victimes par leur position. Si le questionnement est toujours présent et les effets méta amusants, cela n’endommage en rien la pertinence de ces interrogations dans la construction des protagonistes, passant par une direction d’acteur qualitative permettant de se creuser les méninges assez longuement sur le Whodunit pour que dernier fonctionne tout en amenant une forme de critique qui se répercute encore actuellement (une remarque sur l’âge « avancé » de Sidney, qui ne pourrait donc pas conserver son statut de « Final Girl » car ses année d’ingénue seraient passées, rappelant le sexisme latent d’Hollywood quand il s’agit de traiter les actrices en tant que morceau de chair devant satisfaire les yeux du public).

Dès lors, il n’est guère étonnant que le film soit nourri et tiraillé à la fois par l’amour du genre et le ras le bol, celui d’une société qui répète ad nauseam les mêmes formules car elles auront fait leurs preuves une fois sans construire plus derrière. En se permettant de mettre en lien le cynisme derrière les meurtres commis et celui des studios qui offrent perpétuellement la même paté sans goût, Wes Craven tira à boulets rouges sur l’industrie tout en rappelant qu’il y a moyen de rester dans le divertissement Pop-corn et dans une certaine émotion. Pas étonnant que Shaun of the dead d’Edgar Wright apparaisse, ce dernier étant précisément le genre de films de genre grand public qui fait plaisir et fonctionne autant sur l’humour, l’horreur et l’émotion.

Scream 4 est donc, plus qu’une réussite indéniable, une leçon pour certains, notamment pour son aspect méta qui ne tombe pas dans la dérive mercantile qui continue encore actuellement (qui a dit Deadpool ?). Il démontre à ceux qui tentent de le copier sans réussir à l’imiter comment se réapproprier les codes qu’il aura su démonter avec efficacité et amour, le tout en restant moderne dans sa critique sous-jacente sans tomber dans une forme de facilité aigrie qu’on aura pu reprocher à certains sans chercher à aller plus loin dans leurs déclarations filmiques. On décèle en permanence un véritable amusement, une forme de ludisme même dans la gestion des événements et des personnages tout en arrivant à équilibrer leur fonction dans le récit et l’émotion qu’ils peuvent convoquer. Quand on repense à la manière dont la saga aura sombré dans quelque chose tellement mécanique que le résultat en est rageant, on est en droit de se demander comment Wes Craven aurait réagi face à autant de cynisme lourdingue et creux. Heureusement pour nous, il nous restera toujours cette lettre envers le sous genre du slasher et le souvenir de la passion qu’aura invoqué son réalisateur dans cette licence, même dans ce qui aurait pu n’être qu’un revival grossier et vieillot. Au contraire, c’est un amour sincère qui anime ce quatrième Scream, le genre d’affection qu’on aimerait ressentir plus dans le cinéma de genre grand public…

Scream 4 : le déclin du méta
Scream 4 a plus d'énergie, de coeur et de réflexions que des slashers plus récents, méta sans tomber dans le cynisme total.
Scénario
Mise en scène
Casting
  • La réflexion sur le genre et le méta
  • Des personnages bien écrits et interprétés
  • L'amour de Craven dans sa mise en scène
  • Quelques scènes coupées qui auraient mérité le cut final
4.2Note Finale
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