Retour (tardif) sur le BIFFF : Welcooooome ! - Comics Prime

Comment entamer un récapitulatif sur le BIFFF, aka le festival international du film fantastique de Bruxelles ? Il faut avouer que c’est une tâche ardue quand on sait l’ambiance qui règne pendant près de deux semaines dans la capitale belge. Il faut être prêt psychologiquement aux remarques du public, aux rituels envers certains clichés et les bons mots qui volent pendant la séance. Bref, pendant le BIFFF, les séances prennent une tournure particulière et l’expérience peut-être mémorable selon la qualité du métrage présenté. Mais comment était cette édition ? Petit récapitulatif au jour le jour.

10 avril

Début assez calme étant donné qu’on a évité l’ouverture avec « Simetierre » (le rattrapage de ce dernier plus tard confirmera l’aspect oubliable de ce remake) et que suite à un planning chargé personnellement, on ne verra qu’une séance pour la journée. Ce sera « Crime Wave », comédie espagnole aux relents de vaudeville où la mort accidentelle d’un homme par son fils amènera l’ex-femme du défunt à cacher au mieux le cadavre. Accompagné d’une personne qui découvrait le festival pour la première fois, on ne peut que constater que, même si le métrage était assez moyen, le résultat provoquait assez d’amusement pour être considéré comme une bonne première séance du BIFFF. Bref, si ce « Crime Wave » ne cassait pas quatre pattes à un canard, il faut bien reconnaître qu’on peut avoir le sourire facile devant le film de Gracia Querejeta.

12 avril
On entame cette journée avec l’un des gros coups de cœur du festival, « Achoura ». Le film de Talal Selhami s’offre une ambiance entre Stephen King et del Toro avec un véritable amour du fantastique qui transpire tout au long du métrage. On sent un véritable attachement au personnage et Selhami offre dans sa mise en scène ce qu’il faut d’émotion pour rendre la conclusion bien amère. Bref, c’est le cœur en sang et la gorge serrée que l’on vous recommande chaudement ce film franco-américain à sa sortie. Également recommandable mais plutôt pour une soirée pizza-bière, « The pool » aura eu la palme de la séance la plus chaude du festival. Apparemment échaudé par un « Hellboy » aux retours médiocres, le public s’est déchaîné devant ce thriller thaïlandais où un homme se retrouve coincé dans une piscine vide avec un crocodile. Et il est amusant de voir le personnage prendre toutes les pires décisions possibles, et ce dès les premières minutes tant la manière dont il se retrouve coincé est proche d’un « Vie de merde » bien mérité. L’animal est en numérique mal fait, la copine est tellement bête qu’elle s’apprête à plonger dans une piscine à moitié vide, un livreur de Pizza Hut laisse une pizza sur le rebord sans prêter attention à la personne dedans et sans réclamer d’argent et les chiens font de très bonnes échelles. Si avec toutes ces affirmations nawak, vous n’avez pas envie de voir ce machin WTFesque au possible, on ne sait pas ce qui vous motivera.

Interview Achoura
Liam Debruel : Quelle est votre première expérience avec le cinéma de genre ?
Talal Selhami, réalisateur du film : Moi, le cinéma de genre, je suis né dedans en fait. J’avais des parents qui étaient très occupés, qui travaillaient beaucoup et du coup, c’est la télé qui m’a baby-sitté, comme beaucoup de gens de ma génération. C’est une époque où les images venaient tout le temps. C’est le début de l’importance des images et du coup, je suis tombé sur ces films-là sans vraiment faire attention à la petite pastille en bas de l’écran disant « interdit aux moins de 12 ans » ou « 16 ans » et j’ai donc vu plein de trucs très jeune. Du coup, ça m’a permis de fantasmer très jeune ces films. J’allais au-delà de ce que je voyais. Un exemple que je cite souvent, c’est « Elephant man » de David Lynch. Pour moi, quand je voyais le film quand j’étais gamin, j’étais persuadé que c’était un film sur un homme éléphant et je l’ai plusieurs fois vu comme ça gamin en me disant par exemple « C’est bizarre, elle est où sa trompe ? » et des trucs comme ça. On regarde un film qui n’est pas réaliste et on va au-delà, beaucoup plus loin que ce que le film a à nous offrir en termes de fantastique ou d’univers.
Sofia Manousha, actrice : J’ai toujours adoré depuis que je suis jeune les films de genre, fantastiques, l’époque des films Freddy, Ça, … Après j’ai grandi, il y a eu Scream, il y a eu Souviens-toi l’été dernier et il y avait un truc en moi qui me disait « J’ai trop envie d’être actrice pour faire des films où je cours et où je me bats ». C’est donc comme ça que je suis devenue actrice. Puis j’ai rencontré Talal que j’ai connu à travers « Mirages » et avec qui je voulais travailler. Je me suis donc invitée sur ce film.
Younes Bouab, acteur : J’ai grandi, peut-être pas avec des films d’horreur, mais avec des films d’action 80, 90. Je me rappelle de Predator par exemple qui m’a marqué parce qu’on n’avait pas le droit de regarder la VHS. Je crois qu’on avait un pote qui avait deux trois ans en plus que nous et qui dealait avec nous cette cassette (rires). Pour moi, c’est un de mes plus gros souvenirs.

LD: Comment est-arrivé le projet « Achoura » ?
TS : Le film est arrivé avec le besoin de faire un film de monstre parce que je les adore. Ceux qui sont venus chez moi savent que j’ai un salon avec plein de bestioles et juste m’asseoir et les regarder me fait plaisir. Le cinéma avec des monstres, c’est quelque chose qui me parle, que le film soit bon ou mauvais, il y a toujours quelque chose d’intéressant à en retirer, du moins en termes artistiques et techniques. J’adore les effets spéciaux, de plateau ou même numériques. Il fallait donc faire un film de monstre pour le deuxième et ça s’est passé comme ça. On est partis de là pour tisser une histoire, la raccrocher avec le baroque, avec un événement, des personnages et quelque chose à raconter mais vraiment, au tout début, c’était ce besoin de faire un film de monstre.
SM : Moi du coup, j’ai entendu parler du film et j’ai vraiment fait en sorte de rencontrer Talal et de travailler sur ce projet. À la base, il cherchait une jeune actrice un peu plus bankable et vu que je venais d’être pré-nominée aux Césars, je lui ai dit « Non mais je suis une actrice montante, on doit travailler ensemble » (rires). Puis il y avait le fait que ce soit un réalisateur franco-marocain, j’étais donc d’autant plus intéressée. Puis, ça s’est fait par la force des choses puis naturellement.
YB: C’est mon frère qui est comédien qui devait faire le film et qui n’a pas pu le faire. Il m’a donc proposé à Talal, qui me connaissait et qui a dit « Pourquoi pas ? ».

LD : Est-ce que ce n’est pas trop compliqué de monter un tel projet de genre, entre des diffusions en festival comme ici mais également la manière dont les films d’horreur sont difficilement distribués actuellement ?
TS : Oui, tout à fait. Le marché change d’année en année, on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser. Heureusement, ces dernières années, le cinéma de genre a trouvé un peu un nouveau souffle et des plateformes de SVOD comme Netflix ont des films de genre qui marchent très bien donc la demande revient d’un coup en fait. Et même en salles, ça passe par cycles, le cinéma fonctionne comme ça comme beaucoup de modes et vu qu’on vit dans une période de troubles, de guerres, de guerres froides aussi qui ne dit pas son nom, les gens ont besoin d’un exutoire dans le cinéma d’horreur et c’est pour cela que ces films marchent. C’était très compliqué malgré toutes ces bonnes raisons car c’est un film franco-marocain, car ce n’est pas un cinéma qui existe au Maroc et donc que les gens ne connaissent pas, qu’on est limité par les quelques financements que l’on peut toucher et en France, c’est vrai que ce n’est pas un cinéma très considéré. On peut dire que c’est l’enfant pauvre du cinéma, c’est les autres fous qui font des films violents. C’est en train de changer heureusement car les gens se rendent compte qu’on peut faire du cinéma d’auteur en faisant du cinéma fantastique, ce que pourtant plein de grands réalisateurs comme Cronenberg avaient prouvé avant. Maintenant, des jeunes cinéastes qui ont grandi avec les même films que nous commencent à faire des films, que c’est possible et qu’il y a un réel intérêt à les créer. Maintenant, pour répondre à la question plus clairement, c’était compliqué, ça a pris du temps, c’est un film dont le tournage s’est fait très rapidement mais dont on a mis beaucoup de temps sur la post-production car il était particulièrement ambitieux en fait.

LD : est-ce que vous sauriez me dire votre pire ou meilleur souvenir sur le tournage ?
TS : J’en parlais justement avec ma productrice tout à l’heure mais on a eu plein d’heureux hasards qui partaient de choses compliquées. Comme le disait Younes tout à l’heure sur le fait qu’on ait travaillé ensemble, j’avais rencontré son frère (se tourne vers lui) et je suis sûr que ça aurait été aussi un très bon film avec ton frère mais je suis très heureux qu’on ait pu travailler ensemble (se retourne vers moi). C’est des choses heureuses par exemple et il y en a plein d’autres comme ça. Faire un film de monstre, c’est de toute façon quelque chose d’extraordinaire car on crée quelque chose qui n’existe pas. À partir de là, on fait quelque chose qui sort de l’ordinaire. La partie compliquée, ça a été la post-production car on a essayé de faire du 50/50 sur les effets spéciaux, à moitié en plateau et l’autre moitié en numérique. On a eu un très grand maquilleur effets spéciaux, Jean-Christophe Spadaccini, qui a travaillé entre autres sur « La cité des enfants perdus », et qui nous a fabriqué la créature avec une tête mécanique portée par un comédien. Seulement, on s’est retrouvés sur un costume parfois trop lourd car on n’avait pas les moyens pour fabriquer un essai avant, de faire un test avec un comédien et sur le tournage, on s’est retrouvé avec des obligations qui nous ont poussés à faire des choix et malheureusement, l’un des choix les plus durs fut de se dire qu’on allait partir sur beaucoup plus d’effets spéciaux numériques que ce qu’on avait pensé au départ. Cela m’a brisé le cœur car je fais partie des personnes qui défendent les effets de plateau, j’avais participé à la fabrication d’un documentaire que j’avais coproduit qui s’appelle « Le complexe de Frankenstein » qui retraçait l’histoire des créatures au cinéma et il fallait vraiment que je fasse ça. Ce n’était pas un échec total car je trouve que la créature marche plutôt bien et j’entends que les échos sont favorables là-dessus mais si j’ai l’opportunité prochaine de faire un autre film avec une bestiole, j’espère pouvoir utiliser beaucoup plus d’effets pratiques.
YB : C’était un tournage qui avait un peu de pression car il fallait faire beaucoup de plans dans la journée et de nuit mais après, j’avais fait un tournage de nuit très long. Mais c’était ambitieux en termes de mise en scène et il fallait être bon tout de suite sinon ça s’est très bien passé.
SM : Pour moi, ce qui était difficile, c’est que je viens du cinéma d’auteur donc tout passe par l’intérieur. Là, je me suis retrouvée dans une configuration où je devais être plus dans l’extérieur et j’avais peur de surjouer. Talal me disait : « Mais vas-y, n’aie pas peur ! » et je lui disais « Oui mais j’ai peur de ne pas être juste ». J’avais cette peur de toujours trop en faire car je suis quelqu’un qui intériorise vachement et suis dans un jeu intérieur, limite froid et là, je devais regarder à gauche, à droite. Je me souviens, les deux premières semaines ont été super dures pour moi puis j’ai pris le pli. Je devais me faire violence en fait. Pour moi, le tournage de nuit m’a aidé car la fatigue te sort de toi et nourrit ton personnage. Après, ça a été assez violent pour moi de sortir de ma zone de confort d’actrice de cinéma où tout se passe de l’intérieur.

LD : Quel est votre point de vue sur l’accueil des spectateurs du BIFFF par rapport au film ?
TS : C’est très difficile de savoir mais je viens souvent ici en tant que spectateur et ça a l’air de s’être bien passé. Alors oui le public participe mais ça fait partie des règles du jeu et quand on rentre et qu’on est préparé à ça, on accepte. J’ai l’impression qu’il y a quand même eu des silences, des moments où les spectateurs suivaient mais c’est très compliqué de percevoir ça. En tout cas, des gens sont venus pour nous dire que c’était bien et ça m’a fait plaisir.
SM : J’ai trouvé que le public était cool alors que j’avais peur vu qu’on m’avait prévenue qu’il réagissait vachement. En effet, ils ont été assez insistants sur le fait qu’on se mette à poil (rires) mais sinon, globalement, j’ai trouvé que le public était hyper réactif. Après, comme l’a dit Talal, je ne sais pas s’il y avait des moments de silence car le public se faisait chier mais je n’y crois pas. De façon générale, j’ai senti que les gens suivaient le film et tu sentais qu’ils réagissaient comme s’ils étaient dedans du style « mais non, derrière toi ! ».
TS : Ce sont des codes (rires).
SM : J’ai trouvé ça hyper cool sans me dire qu’ils n’ont pas aimé le film.
TS : C’est génial car SPOILER quand Younès tue le gardien et tout, il y a quelqu’un qui a crié « Quel con ! » (rires).
YB : J’ai bien entendu ça !
SM : Ah, je ne l’ai pas entendu moi. FIN DU SPOILER
YB : Je n’ai pas vu d’autres films ici mais je les ai sentis plutôt attirés, intrigués par ce qui était raconté et donc du coup, les réactions étaient assez classiques du genre « Ferme la porte ! », « Derrière toi ! », les trucs que l’on attendait quoi.
TS : Le début du film n’est pas évident et à chaque fois qu’on le montre en festival, j’ai peur que les gens décrochent. C’est vrai qu’il y a un puzzle à mettre en place avec qui est qui, qui fait quoi.
YB : Cela fait partie pour moi des forces du film j’ai l’impression.
TS : Je ne sais pas, c’est à double tranchant. Je sais qu’il y a des gens qui lâchent très vite et qui laissent tomber.
SM : Je pense qu’on n’est pas dans les codes du film fantastique mais dans les codes de Talal et du coup, c’est du fantastique, du genre mais il y a quand même une histoire.
YB : Il y a une énigme.
SB : Oui, il y a une énigme et j’aime la façon dont le film est amené parce qu’en fait, on nous invite dans un univers. Tu ne regardes pas juste un film avec des effets spéciaux. Talal invite le spectateur à se questionner et je pense que c’est aussi sa force et je ne dis pas ça parce que j’ai tourné dans le film. Je l’ai vu la première fois et déjà, je ne me suis pas détesté à l’image, ce qui est hyper dur pour moi, et la deuxième fois que j’ai vu le film, il nous fait rentrer dans le film donc je suis rentré aussi dans le film.

LD : J’en parlais justement avec une journaliste allemande mais l’ouverture fait très del Toro, très conte de fées et j’aime bien la manière dont c’est amené. Cela me rappelle beaucoup Stephen King, que ce soit la fin ou la manière dont l’enfance est marquée par les événements du passé.
TS : Clairement, c’est ça, c’est le fil rouge de l’histoire et c’est des personnages qui ont réfuté leur enfance et vont faire en sorte de l’oublier pour grandir mais il leur manque des éléments pour pouvoir le faire pleinement. Les enfants, c’est souvent ceux qui subissent l’égoïsme des adultes et dieu sait que nous sommes égoïstes en tant que tels. La thématique de l’enfance est quelque chose qui me passionne et je voudrais en parler encore. Ce n’est pas comme si j’avais eu une enfance malheureuse, bien au contraire, mais un enfant, c’est primaire. C’est nos origines et quand on parle d’un enfant -et je ne sais pas si l’on a réussi ici-mais on parle de nous. On oublie l’enfance et j’essaie souvent de me rappeler certains fragments de cette époque. Puis je me rends compte que j’ai oublié et ça m’emmerde. J’ai des images et je me demande des fois si ce ne sont pas des images que j’ai vues et que j’ai développé autour. J’aurais voulu avoir des vidéos de ma vie, mon enfance, pour savoir qui j’étais vraiment et comment j’en suis arrivé là.

13 avril
On commence la journée avec « Killer week-end », comédie britannique où un enterrement de vie de garçon part en nouilles et qui lasse assez rapidement, malgré certains moments très amusants dont l’accumulation de morts hasardeuses due à la malchance d’un futur marié complétement largué. Bref, bien que le film ne dure que 85 minutes, on commence à s’ennuyer jusqu’à un climax un peu plus amusant. L’événement viendra de « One cut of the dead », bombe japonaise arrivée avec une excellente réputation bien méritée. On vous conseille d’en savoir le moins possible sur ce film avant de le voir mais sachez juste que c’est une véritable déclaration d’amour hilarante au cinéma doté d’un des meilleurs plans séquences de ces dernières années. On en sort rempli d’amour avant d’entamer la fameuse Nuit Fantastique, avec ses quatre films diffusés de 23h jusque 7h du matin dans une salle toujours comble et toujours à fond. En cela, entamer cette Nuit avec « Puppet Master : the littlest reich » était une bonne idée tant la connerie ambiante rend le tout amusant avec des mises à mort plus gores les unes que les autres. On regrette juste que le scénario de S.Craig Zahler (Bone Tomahawk) ne soit pas mieux mis en valeur par les réalisateurs. Le film d’après sera plus éprouvant et pas uniquement suite à la présence d’une spectatrice apparemment bien éméchée qui répétait en permanence au méchant et aux spectateurs de se tuer. « Finale » est en effet un torture porn dont la lenteur apparente rend la violence qui s’ensuit des plus éprouvantes. Proche d’un Rob Zombie dans sa gestion graphique, ce film danois relève haut la main le contenu de cette Nuit tant ni l’irritant « Kill Ben Lyk » ou le moyen « I am toxic » n’offriront de meilleures sensations que l’inconfort ressenti ici.

14 avril
C’est un peu fatigué par l’expérience de la veille qu’on entame ce dimanche avec le fascinant « Braid » dont l’aspect irréel, bien que divisant le public après la séance, fascine, bien aidé par la mise en scène de Mitzi Peirone et surtout un trio d’actrices particulièrement hypnotisantes. La suite sera du même acabit avec l’excellent « Rampant », film de zombie sud-coréen partant du même postulat que la série « Kingdom » de façon plus resserrée mais diablement divertissante avec ses personnages iconisés, des zombies terrifiants, un contexte politique intéressant et un spectacle visuellement prenant. Et on ne vous fera pas l’affront de parler plus d’« Assasination nation », déjà sorti en France mais qui sera célébré par le public du festival au gré de répliques bien troussées, d’une critique acerbe aussi passionnante que réjouissante et d’une mise en scène tout aussi excitante, notamment lors d’un plan séquence visuellement fou.

15 avril
Dommage que ce 15 avril ne s’entame pas de la même manière tant « Quiet comes the dawn » s’avère d’une totale confusion. On est intrigué par le film de Pavel Sidorov mais on dirait que le film s’emberlificote sans prendre sens, laissant une sensation de frustration inexpliquée. Inexplicable également que ce « Tous les dieux du ciel », qu’on ne peut que décrire comme un Objet Filmique Non Identifié, ce qui rend le visionnage indispensable tant le film de Quarxx est unique en son genre. C’est ce que l’on pense par instants de « The room », réalisé par Christian « Renaissance » Volckman sans aucun rapport avec le chef d’œuvre nanardesque de Tommy Wiseau. L’idée de départ est alléchante, confrontant un couple à une pièce qui peut accomplir n’importe quel vœu. Et si le climax est assez fou en tenant compte visuellement et narrativement des possibilités de l’idée, le métrage entier n’est pas du même niveau et cette inégalité rend la séance relativement décevante sur le long terme.

16 avril
Beaucoup attendent le nouveau Harmony Korine après son « Spring Breakers » qui aura tant fait parler de lui. Préparez-vous car « The beach bum » est clairement particulier tant cette errance d’un poète accro à tout ce qui est réprouvé moralement s’avère totalement autre voire hallucinatoire, bien que moins qu’un Gaspar Noé. Proche d’un Big Lebowski expérimental sous acide, le film mérite bien les retours complétement ambivalents sur sa qualité. Un long-métrage qui aura su faire l’unanimité par compte est le « Little monsters » d’Abe Forsynthe, confrontant un célibataire paumé, une prof de maternelle, sa classe et le présentateur d’une émission pour enfants face à une attaque de zombies dans un parc animalier. Porté par un excellent casting composé entre autres de Lupita Nyong’o et Josh Gad, le résultat a provoqué l’hilarité de la salle à juste titre. Par contre, c’est l’ennui qu’a ressenti l’audience face à « Terminal », thriller série B qui, malgré la présence de Margot Robbie, Simon Pegg et Mike Myers ainsi qu’une mise en scène par moments intéressante de Vaugh Stein, se vautre dans son scénario prévisible et finalement peu emballant.

17 avril
La peur nous étreint quand on voit plusieurs dizaines d’enfants envahir la salle pour découvrir en même temps que nous « Monsieur Link ». Finalement, ils auront été absolument conquis tout comme nous par la nouvelle pépite des studios Laïka, définitivement parmi les meilleurs dans le domaine du cinéma grand public actuel. On sera par contre moins sous le charme de « Level 16 » qui, bien que soulevant des questions actuelles sur le traitement du corps féminin par notre société, ne saura aller plus loin que son postulat. Ce sera également le cas de « You shall not sleep », film d’horreur argentin qui, bien qu’il théorise sur la dévotion par rapport à l’art et le rapport qu’il établit avec le réel, n’arrive guère à offrir plus qu’un appréciable film de genre.

18 avril
On l’annonçait comme l’une des bombes du festival et on peut comprendre pourquoi après l’avoir vu. Pourtant, « The furies » laisse une sensation assez inachevée malgré son pitch amusant et son gore appuyé qui devrait ravir tout amateur d’hémoglobine. On ne pourra pas mieux parler du « Play or die » de Jacques Kluger, adaptation d’un roman de Franck Thilliez qui use certes mieux la présence d’escape room que le film oubliable du même nom mais manque définitivement le coche avec un twist assez prévisible et des incohérences qui annoncent trop celui-ci. Les fans du chanteur Mustii apprécieront la présence de celui-ci, ceux qui ne l’aiment pas également. La même frustration se dégage de « Blood fest », intéressant sur le fond par le rapport tabou qu’établit la société conservatrice au cinéma de genre. Malheureusement, malgré quelques accès gores assez amusants et le caméo cocasse de Zachary Levi, le film déclare trop ouvertement se jouer des codes sans le faire pour pouvoir pleinement l’apprécier, là où un « Scream » ou « La cabane dans les bois » arrivaient à construire plus sur leur rapport méta textuel au cinéma de genre.

19 avril
Pour cette dernière journée pour nous au festival, on aura été voir deux films assez différents dans tous les sens. D’un côté, « Red letter day », partant d’un postulat proche de « The Purge ». De l’autre, « The fare », proche à première vue d’un épisode de « La quatrième dimension ». Là où le premier se révèle plus proche d’un téléfilm gérant maladroitement son pitch ainsi que ses personnages, le second se fait plus touchant malgré un manque de moyens évident. On ressort déçu de l’un et agréablement surpris de l’autre, le tout avant de se diriger vers la masterclass de Steve Johnson. Ce dernier, grand spécialiste des maquillages et des effets spéciaux ayant travaillé entre autres sur « Ghostbusters », « Spider-Man 2 » ou encore « Vampire, vous avez dit vampire ? » se dévoilait un peu plus au public avec convivialité. On y apprenait entre autres que son meilleur film pour lui reste « Magnolia » où il a entre autres balancé une fausse grenouille alourdie dans le visage de William H Macy pour se venger que celui-ci ait couché avec sa copine. Ce fut une nouvelle fois une très bonne édition où la présence de films en tous genres permet de faire des découvertes de qualité aussi variable que les styles présents, le tout avec une convivialité qui fait plaisir. Bref, on attend déjà l’année prochaine pour en profiter de nouveau !

Interview Steve Johnson
Liam Debruel : Quel est votre premier souvenir avec les effets spéciaux ?
Steve Johnson : Je suis sorti de ma mère en voulant faire des effets spéciaux. Je n’ai jamais voulu faire quoi que ce soit d’autre. En tant qu’enfant, j’étais très créatif. Il y avait à l’époque aucune école dans ce domaine alors que c’est le cas désormais. Il n’y avait également pas d’Internet. En plus, j’ai grandi au Texas donc j’étais aussi loin de New York et de la Californie qu’on peut l’être. Je devais donc me débrouiller par moi-même. J’ai volé la perruque de ma grand-mère pour en couper des cheveux et les mettre sur les visages de mes amis afin de les déguiser en loups garous. Et un jour, j’avais 14, 15 ans, je suis tombé sur le livre de Dick Smith pour les maquillages de monstres et je ne pouvais pas y croire. Désormais, je savais où acheter mon matériel, lequel utiliser et comment faire étape par étape.
LD : Alors, j’ai apporté 5 DVD histoire de vous demander une dédicace mais je ne savais pas lequel choisir (dépose sur la table « Le village », « Flic ou zombie », « Le loup-garou de Londres », « Vampire, vous avez dit vampire ? » et « Blade 2 »). Est-ce que vous auriez des histoires sur ces films à raconter ? Peut-être pourriez-vous nous dire lequel vous préférez ?
SJ : (prend « Flic ou zombie ») Tu sais ce qui est drôle avec ce film ? À chaque fois que je viens en Europe, on me le montre alors qu’aux États-Unis, on le déteste. J’en ai signé un autre aujourd’hui alors que dans les conventions américaines, on ne m’en amène jamais. Maintenant, lequel je préfère ? C’est compliqué car ils sont tous si différents… « Le loup-garou de Londres » a été une de mes expériences préférées parce que c’est la première fois que j’ai travaillé avec Rick Baker, qui était mon idole. Je l’ai rencontré dans une convention quand j’avais 16 ans en lui montrant mon stupide maquillage de loup-garou. Il m’a donné son numéro de téléphone et c’est comme ça que j’ai commencé à discuter avec lui. Il était mon idole, mon dieu et mon mentor pendant toute ma carrière donc c’était vraiment incroyable pour moi. J’étais jeune quand j’ai travaillé sur ce film, j’avais sans doute 19 ans. (prend « Vampire, vous avez dit vampire ? ») Celui-ci était amusant car j’aime bien le réalisateur Tom Holland et j’ai pu faire ce que je voulais faire. (prend « Blade 2 ») Celui-ci… Guillermo peut être très difficile, comme James Cameron, mais il te pousse à donner le maximum de toi. (prend «Le village « ). Celui-là… Je vais te dire ce qui s’est passé : ils ont filmé la créature et ils ne l’ont pas aimée. Ils m’ont donc appelé, quoi, cinq jours avant Noël et ils m’ont dit « On a besoin que tu refasses la créature et on la veut dans dix jours ». Cinq jours avant Noël. J’ai quadruplé le prix, je les ai fait payer 250000 dollars. Comment peux-tu dépenser 250000 dollars en 10 jours ? Je me suis donc fait une fortune sur celle-ci.
LD : Donc, vous avez travaillé sur le second Spider-Man, le second X-Men, le second Blade… Quelles étaient les différences sur ces projets ?
SJ : Alors Blade… Je suis très ami avec Steve Norrington, le réalisateur et scénariste du premier film, sur lequel je n’ai pas travaillé car il pensait que je serais trop cher. Pour le second, on voulait aller plus loin que le premier et s’impressionner car si on s’impressionne soi-même, on impressionne le spectateur. C’était très dur de travailler avec Guillermo, il était très dur. Il me rappelle James Cameron car ils viennent tous les deux des effets spéciaux donc ils en savent assez pour te torturer (rires). Et ce qui se passe, c’est que tu te retrouves à court d’argent car ils ne sont d’accord sur rien. Ils ne sont pas d’accord si la créature doit avoir 6 yeux, 8, 10, s’ils sont verts, bleus, … Mais tu veux leur plaire car tu veux avoir leur prochain travail donc tu finis par brûler l’argent mais ça se termine avec ce que tu peux considérer ton meilleur travail.
LD : Et concernant les suites de Spider-Man et X-Men ? Car désormais, nous sommes habitués à voir des adaptations de comics en salle. En plus, j’ai lu une interview de vous où vous disiez que certains vous comparent souvent à Robert Downey Jr.
SJ : Je ressemble surtout à une version plus âgée et plus grosse de lui (rires).
LD : Cela vous a donc fait quoi de travailler sur ces suites à une époque moins chargée dans le domaine ?
SJ : Pour commencer, je n’aime pas les films Marvel, ce n’est pas mon style. Je préfère les films plus calmes et lents, concentrés sur les émotions. J’ai vu récemment ce film avec Matthew McConaughey, « Nos souvenirs », tu l’as vu ?
LD : Malheureusement non.
SJ : C’est vraiment bien, ça se déroule sur une nuit avec deux acteurs, ce n’est que sur l’émotion, c’est vraiment super. Comment peux-tu faire ça plus gros avec plus d’explosions ? Ils essaient toujours de faire plus gros, plus explosif et cela m’ennuie. Donc je n’aime vraiment pas les films de super-héros mais j’ai grandement apprécié travailler avec Sam Raimi. Déjà, parce qu’il est un grand enfant. C’est un énorme fan. Par contre, le personnage du docteur Octopus, ça a été tellement compliqué… On a dû faire 140 versions des bras robotiques de façon hyper réaliste. C’était très drôle de travailler avec Sam mais le film fut compliqué. On a eu 5 millions de dollars et un an pour faire cet effet. Quand à la gestion des effets pratiques et numérique… Tu te souviens de cette scène dans l’hôpital, celle de sa « naissance » ?
LD : Oui, bien sûr.
SJ : Sam et moi avons décidé de tester cette scène en faisant tout avec des effets pratiques. Il n’y a aucun plan numérique dans cette scène. Ainsi, on pouvait savoir ce qui devrait être fait et comment. On a tourné cette scène et on s’est rendu compte que ce serait trop compliqué de tout faire en effets pratiques donc on s’est tournés vers des effets numériques pour certaines parties du film.
LD : Quelle est votre pire expérience dans votre carrière ?
SJ : (retire ses lunettes) Voyons… Il y en a eu tellement (rires). Pourquoi m’as-tu posé cette question ? (rires) Alors, je me suis fait renvoyer du premier Predator. Tu connais cette histoire ?
LD : Oui.
SJ : Je vais quand même la raconter à nouveau. Le réalisateur John McTiernan et les représentants de la Fox sont venus chez moi et m’ont dit « On voudrait Jean-Claude Van Damme pour incarner cet extraterrestre mais on ne veut pas qu’il ait des proportions humaines. On voudrait donc des extensions pour le cou, les bras et les jambes, tourner sur place au Mexique dans la boue et qu’il puisse effectuer ses arts martiaux ». Je me demandais si c’était une blague et leur ai dit que c’était impossible et que ça ne marchera pas. Ils m’ont dit « Si, c’est possible. On te paie pour que tu règles le problème ». Je l’ai donc fait, ça n’a pas marché et je me suis fait renvoyer (rires).
LD : Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait suivre votre voie ?
SJ : C’est simple. D’abord, ne suivez pas ma voie (rires). Il y a un endroit pour apprendre, c’est une école en ligne appelée « Stan Wiston School of characters arts » et ce qui est bien, c’est que c’est vraiment pas cher. Tu peux t’inscrire pour un an, tu peux payer une leçon à la fois, … Si tu veux te spécialiser dans un domaine, tu peux ne payer que pour cette partie et apprendre des meilleurs. J’ai d’ailleurs fait quelques leçons pour le site. Tu peux y apprendre ce que tu veux par les meilleurs dans le métier.

 

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