Jurassic World : le parc rouvre ses portes... - Comics Prime

La saga Jurassic Park est inégale et ce n’est pas rien de le dire. Autant le premier film est un chef d’œuvre intemporel aux ramifications analytiques et historiques aussi nombreuses que ses scènes cultes, autant sa suite est assez mitigée sans être du niveau catastrophique du troisième épisode. Quand on a appris qu’un nouvel opus devait arriver faisant fi de ces deux suites moyennes, il fallait reconnaître une certaine impatience, surtout quand on sait que le parc sera désormais ouvert au grand public. Malheureusement, beaucoup vont déchanter à la sortie. Mais est-ce réellement mérité ?

Société de production : Universal Studios
Réalisateur : Colin Trevorrow
Scénario : Rick Jaffa, Amanda Silver,Colin Trevorrow et Derek Connelly
Date de sortie: juin 2015.
Durée : 124 min.

Synopsis : Jurassic Park aura finalement ouvert sous le nom de Jurassic World. Mais bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu

 

Réflexion sur Hollywood

Il faut bien avouer que l’on peut comprendre certaines des remarques négatives entourant le film. Tout d’abord, on pense aux dinosaures numériques, annoncés par une représentation holographique (en comparaison de Bayona qui annonce une volonté plus tangible par la première scène du musée dans Fallen Kingdom). Cela rendra les quelques animatroniques bien plus voyants et fera perdre en force envers les créatures, en particulier un Indominus Rex au potentiel pas entièrement abouti. Beaucoup retiennent également certains points traités de manière caricaturale, comme la romance entre les deux protagonistes principaux.

Néanmoins, il faut reconnaître au film quelques qualités souvent mises de côté. Ainsi, le script développe de nombreuses bonnes idées comme la gestion du parc désormais ouvert. On trouve une certaine admiration à voir la consécration de cet endroit, tout en n’oubliant pas son potentiel dangereux qui évidemment prendra place par les idées ridicules des décisionnaires. Mais tandis que beaucoup ont souligné la stupidité de certains personnages, il semble qu’ils soient passés à côté de la raison de cette écriture. En effet, on peut y déceler une critique assez intéressante de l’industrie Hollywoodienne.

Stupide ou critiquant la stupidité?

Comme le film le décrit, les dinosaures n’ont désormais plus le même pouvoir de fascination maintenant que le public est habitué à leur présence. Il est vrai qu’avec la technologie des effets numériques auxquels Jurassic Park aura largement contribué, les créateurs ont de plus grandes marges de manœuvre pour amener sur le grand écran le fruit de leur imagination. Désormais, c’est la guerre pour pouvoir captiver l’audience. Les studios cherchent alors la situation du « Bigger is better » en proposant plus de tout pour tenter de toucher le plus de monde possible, tel que le font les décisionnaires du parc.

Ce dernier se retrouve soumis aux partenariats financiers avec de grandes marques pour pouvoir subsister, notamment par le biais des magasins et des placements de produits. Difficile alors de ne pas sentir l’ironie derrière ceux exercés par le film, aussi subtils qu’un Mosasaure, comme si Jurassic World se dédouanait de ses actions. La nature économique du film captive tant il semble que le tout se mord la queue, exerçant des actions stupides pour mieux critiquer au risque de paraître stupide lui-même.

Maladresse globale

Cela passe également par son méchant, ancien militaire caricatural au possible qui cherche à utiliser les Raptors à des fins belliqueuses. On pourrait y lire le besoin de l’industrie cinématographique américaine grand public à passer par des histoires de conflits et d’affrontements ou tout simplement une administration qui cherche à transformer tout acte de création en arme. En effet, la stupidité de cette décision ne souligne que l’incohérence de certains décisionnaires et leur volonté belliciste.

On sent également cette maladresse autour des personnages d’Owen et Claire. Le premier, vendu sur son aspect cool, ne gagne au final que peu de caractéristiques et s’apprécie plus car il est incarné par Chris Pratt que par de véritables détails de nature empathique. La seconde cherche à souligner la misogynie d’une industrie qui oblige les femmes à sacrifier absolument toute vie privée pour être vues comme compétentes aux yeux de leurs employeurs avant que ceux-ci ne leur reprochent personnellement d’agir comme telles alors que c’est le système de fonctionnement en lui-même qui les oblige à devoir travailler plus pour être vues au même niveau que les hommes. Malheureusement, certains points de caractérisation et/ou visuels n’aident pas à réellement appréhender la verve acerbe derrière ce protagoniste. Les deux profitent néanmoins du choix de leurs interprètes, solides à défaut d’être plus amplement écrits (ce que réussira mieux à faire la suite).

Influence trop pesante?

La mise en scène est tout aussi perfectible. On sent que Trevorrow, à la manière de Johnston, a du mal à se confronter au modèle Spielbergien. Il le cite ainsi régulièrement et raccroche le plus possible sa réalisation à celle du premier film tout en jouant d’un ratio plus large sur la hauteur pour capter au mieux la grandeur des dinosaures. Mais seul ce format permet réellement de distinguer Trevorrow de Spielberg tant il fait tout pour rappeler sans finalement construire plus autour. Cela donne quelque chose d’efficace visuellement (en copiant un excellent modèle, ce n’est pas compliqué) mais au final bien moins incarné que ce qu’aura su offrir l’œuvre originale. En cela, la mise en scène de Bayona sur la suite s’avérera bien plus puissante.

Dès lors, est-ce que ce Jurassic World est la purge que répètent certains sur les réseaux sociaux ? Loin de là. Malheureusement, il ne constitue pas le divertissement aussi puissant qu’il aurait pu être par ses nombreuses maladresses visuelles et narratives. De nombreux points sont toujours aussi réjouissants, tels le traitement du parc désormais occupé ou encore une certaine intelligence dans la critique de fond du film. Mais dans sa forme, Jurassic World tremble et s’il est sans doute bien plus plaisant à voir que ses deux prédécesseurs, cela ne change pas les différents soucis ça et là qui transforment toute idée captivante en inhabilité se retournant régulièrement contre celui-ci.
En cela, le film est à l’image de la bande originale de Michael Giacchino : prenant, réveillant les souvenirs du premier film tout en cherchant à traiter d’une certaine mélancolie dans l’industrie cinématographique grand public actuelle mais obligé de convoquer l’œuvre originale à de nombreux instants pour chercher à rassembler le plus large public possible. Le tout est plaisant mais n’est pas aussi grandiose qu’espéré, sans doute dû à des décisions de studio que le film critique lui-même. Bref, là où Jurassic World ne semble que se mordre la queue, il relève de l’étourderie de certains producteurs pour offrir le meilleur produit possible tout en ne sachant que faire de ses élans passionnants. Le résultat est donc certes imparfait mais n’a rien de si honteux que ça. On aura eu droit à des objets filmiques bien plus déshonorants n’offrant même pas quoi que ce soit à se mettre sous la dent d’un point de vue analytique. À voir comment Trevorrow reprendra la barre sur le troisième Jurassic World…

Tête de l’auteur de ces lignes après avoir dit du bien de Jurassic World et se préparant à lire les commentaires sous cet article.

Jurassic World : le parc rouvre ses portes...
Jurassic World n'est pas au niveau du chef d'oeuvre de Spielberg mais reste intéressant aussi bien dans ses réussites que ses échecs.
Scénario
Mise en scène
Casting
  • Le scénario a des idées
  • La musique
  • Les acteurs gèrent bien la maladresse d'écriture de leurs personnages
  • La gestion des personnages est grossière
  • La mise en scène cherche trop à coller à l'original pour réussir
  • Thématiquement, le film se mord la queue.
3.1Note Finale
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