Interview : Julien Blondel et Robin Recht pour la série ELRIC - Comics Prime

C’est dans un petit restaurant bruyant de Bruxelles que notre équipe a eu la chance de rencontrer Julien Blondel et Robin Recht à l’occasion de la sortie d’Elric « Le Trône de Rubis ». Voici, leurs réponses à nos questions :

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Julien Blondel

Comics Prime (CP) : Pourquoi avoir choisi Elric de Moorcock en particulier ? Entre Druillet, Fabrice Colin ente autre, on dirait que la France a un amour particulier pour Moorcock.
BLONDEL : La France a autant un amour pour Elric que Moorcock a un amour pour la France. Il le disait cette semaine (NdR : lors de rencontres pour la promo de la bd), Nous avons eu la chance de le rencontrer et il considère que Elric est Français. Moorcock est baigné en littérature par des gens comme Albert Camus. Il a un vrai amour pour la culture et la littérature Française. Même si il la écrit Elric très très jeune, il a écrit la première nouvelle à 19 ans. Pour une oeuvre majeure qui dure dans le temps, 19 ans c’est vraiment super jeune. Malgré tout il a déjà des sensations de romantisme de « feuilletonisme » et de littérature très Française. Ce n’est donc pas étonnant si la France se réapproprie Elric et que donc Moorcock rencontre Philippe Druillet en 1964 et font la bd d’Elric ensemble, si il choisi Fabrice Colin qui est ancien auteur de Jeux de rôles et ensuite romancier pour donner une suite à Elric. Pour répondre à la première question, c’est une envie d’auteur. C’est Didier Poli (NdR : un des dessinateurs) qui s’est dit « Et si on faisait notre Elric ». c’est Benoit Cousin de chez Glénat qui nous dit « C’est fou ça, ça me plaît, je vais aller contacter l’agent de Moorcock ». Là il se passe entre 6 mois et 1 an et ensuite Benoit me contacte en disant « ca vous dirait de faire Elric, Moorcock est partant »

CP : À la base vous étiez tous fans des romans ? Vous aviez joué aux jeux de rôles Stormbringer et Elric (le jeu de rôle)?
BLONDEL : Moi personnellement je ne sais plus si mes souvenirs viennent plus des nouvelles ou plus des jeux de rôles. J’ai tellement joué à Stormbringer d’abord et à Elric (le jeu de rôle) ensuite. J’ai lu, relu et relu les nouvelles. Je suis incapable de dire si les souvenirs viennent plus des parties ou des nouvelles. Dans l’équipe on a tous ce profil. En tout cas Didier, Robin et moi on à se profil de rôliste.

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Robin Recht

CP : Ça a du ajouter encore plus de poids à cette adaptation, après tout ceux qui l’ont fait ?
RECHT : Pour revenir sur le côté Français, faut pas oublier que Hawkmoon ( NdR : autre champion éternel de l’oeuvre de Moorcock) est un personnage Français, il vient de Camargue. C’est un aspect vachement récurent, il y a une certaine idéalisation romantique des Français chez Moorcock qui imprègne son œuvre. Je ne sais pas si c’est un hasard, mais il a du ressentir qu’il avait quelque chose à faire à ce niveau là. Et je suis particulièrement fier de ce mélange de culture anglo-saxonne et de notre apport de la culture Française qui est très différente de ce qui avait été fait auparavant. Et ça manquait peut être aux autres adaptations. Il nous le disait encore hier, il y avait toujours un moment où les américains étaient intéressés par son œuvre, mais ne savaient pas trop comment le gérer sans doute parce que ce n’est pas leur culture en fait. Ils étaient fascinés par le personnage car il venait d’ailleurs mais en même temps c’est un personnage fondamentalement européen et romantique et les Américains ne sont pas forcément dans cette culture. Et son côté anti-héros leur pose sans doute des problèmes. Nous sommes imprégnés par tout ça, on est passé par Victor Hugo, par Baudelaire, et d’autres choses dans lesquelles on peut se retrouver. Le tragique de l’histoire c’est quelque chose qu’on connaît. C’était un mariage presque annoncé entre Moorcock et la vieille Europe.

CP : Quelles ont été les inspirations et les repères graphiques pour cette BD ? On ne peut pas s’empêcher de voir un clin d’oeil à Ledroit et ses Chroniques de la lune noire.
RECHT : Il y a deux choses, d’une part la culture BD à laquelle on appartient, et là Ledroit, pour lequel j’ai un énorme respect, en fait clairement partie. Pour moi il y a deux ou trois personnes qui ont formalisé la bd d’héroïque fantasie à l’Européenne voir à la Française. Alors que c’est un style qui certes à des racines Européennes, mais qui a été transformé et réapproprié par la culture Anglo-saxon, comme avec Tolkien. Ledroit en fait donc partie comme Loisel avec « La quête de l’oiseau du temps » qui ont donc formalisé ce style à l’européenne qu’on n’avait pas encore vu en BD. Les deux à leur manière, avec beaucoup de talent et donc si vous me dites que ça ressemble à du Ledroit ça me va parfaitement. Même c’est dans un flux normal, je dirais, on vient tous de quelque part et j’ai lu les chroniques bien sûr. Même si notre Elric n’a pas ce deuxième degré « rôlistique » (NdR : qui se réclame du jeu de rôle). Pour les autres influences, mon credo à moi c’est que si influences il y a il faut les remonter le plus loin possible parce que c’est comme les embranchements d’un fleuve, plus on remonte plus on a des chances d’aller ailleurs. Ici en l’occurrence il y a des sources venant du 19ème, de l’antiquité on a beaucoup été chercher du côté des Égyptiens, Mésopotamiens, des Incas. C’est donc très diverse. Le tout pour moi c’est d’aller chercher des influences qu’on n’attend pas forcément. Parce que pour le coup, si on n’avait repris que de l’iconographie de Ledroit autant le laisser le faire car il le fait mieux. En matière d’inspirations le premier qui me vient à l’esprit est Gassner (NdR : Alain Gassner), l’illustrateur des jeux de rôle d’Oriflam. Aujourd’hui je ne le regarderais plus avec les même yeux, mais à 15 ans ça me faisait rêver. Mais ni moi ni Didier ne sommes retournés voir ce qui s’était fait sur Elric pendant la préparation de l’album. Malgré Druillet et tout son talent on nous a demandé de donner notre vision.

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CP : Justement comment cela c’est passé de bosser à 4 comme ça sur une série ?
BLONDEL : Au final on est beaucoup plus que 4, notre éditeur est vraiment le 5ème auteur au sens ou c’est un grand connaisseur d’Elric, il est très littérature, culture, jeu de rôles. Et également la présence de Moorcock sur le projet. Sa présence a été vraiment particulière, très vite il a donné sa bénédiction pour que ça se fasse en n’ayant vu que les projets passés de chacuns et les intentions d’adaptation de la part de Benoit de chez Glénat. Et Moorcock a laissé faire, sans jamais chercher à voir étape par étape si qui se passait. Au final cette configuration a fait qu’on a eu pas mal de liberté et qu’on a pas cherché à comparer avec ce qui avait été fait mais plutôt nous donner les conditions pour livrer une vision, qu’est ce qu’on a envie de dire, montrer, faire ressentir sur notre Elric à nous. Dans l’équipe, sur les quatre auteurs, on est vraiment trois a avoir pris une gifle avec Elric quand on était adolescent et je met Jean Bastide de côté car il ne connaissait pas Elric, il l’a découvert avec le projet. Il a retravaillé, mis des ambiances, des couleurs, il s’est réapproprié des endroits des dessins sans avoir cette culture particulière, ça donne comme résultat cette fraîcheur à l’éclairage.
On avait trois visions différentes d’Elric, trois ressentis et on a essayé d’aller vers le mieux au niveau du design, de l’ampleur des bâtiments de l’île, de la présence (NdR : présence morale et pas physique) d’Elric, de l’épée « Stormbringer » qui n’est pas dans le premier tome mais apparaîtra dans le deuxième. On est allé vers cette vision commune qui nous semble la plus exigeante en restant fidèles à nos sensations de lecteur adolescent, aujourd’hui. Sur le scénario c’est la même démarche. Adapter une œuvre c’est la respecter suffisamment pour savoir qu’elle est importante et la critiquer suffisamment pour pas la transposer tel quel mettre de côté ce qui est trop lourd ou anecdotique rajouter des petites choses nécessaires pour ce support différent qu’est la BD.

RECHT : Au final, le livre reste ce qu’il y a de plus fidèle au livre justement. A partir du moment ou on a l’opportunité et l’aval de l’auteur qui nous demande « c’est quoi votre apport à mon bébé que j’ai fait y a 50 ans ? ». Notre responsabilité c’est donc justement de ne pas être respectueux quelque part. On doit être respectueux du plaisir qu’on a eu avec cette œuvre mais tout en donnant une vision moderne, et il le dit dans la préface, qui nous a très fait plaisir, il a aimé cette liberté qu’on a prit, « des garnements irrévérencieux qui adorent son œuvre mais qui ont fait leur propre terrain de jeu. Du coup il participe à l’aventure, ca lui donne une vision qu’il avait pas forcément, par exemple la décadence qu’il avait introduit mais il a aimé qu’on pousse cet aspect.

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CP : C’est vrai qu’avec la preface on sent qu’il a vraiment aimé votre travail. Et donc du coup après les 4 tomes d’Elric est ce que vous aimeriez adapter une autre oeuvre de Moorcock, un autre Champion Eternel ?
BLONDEL : C’est le début d’une aventure, on sait jusqu’où ça pourrait mener, si la confiance de Moorcock reste, si l’envie des lecteurs suit, si notre envie à nous est là et que d’autres dessinateurs ou scénaristes arrivent, il y a vraiment des choses à faire et à refaire sur le Multivers, les autres Champions peuvent s’avérer tout aussi intéressant et graphiques. A titre personnel, j’ai vraiment été attiré par Elric, j’aurais peut être des choses à dire sur Hawkmoon, mais peut être moins que d’autres. Ici on a une équipe super soudée, le personnage, l’univers, tout nous parle.

RECHT : La nostalgie même de ce qu’on était à 15 ans nous parle, je pense que c’est quelque chose qui nous a pas mal fédéré, travailler à 6 mains c’est pas si simple, à 8 encore moins, alors à 10 … Et donc il faut quelque chose au dessus, la mythologie d’un plaisir qu’on a tous eu à part jean (NdR : Bastide) qui nous a fait dire on est ensemble dans un bateau incroyable, alors même si il faut faire des concessions, la collocation n’est pas facile mais l’appartement est si beau. On est tous très heureux d’être là !

CP : Des projets après Elric ?
BLONDEL : Bon déjà on va se supporter quelques années avec Elric (rire), quand on sait à quel point faire de la bande dessinée est exigeant et difficile, niveau temps, niveau remise en question, travailler à 4 sur des dizaines de pages pendant 4 ans, rencontrer des journalistes Belges extrêmement difficiles (rire). Donc déjà on va se supporter, on va tenir, c’est une aventure de rencontres, on se connaissait tous un petit peu, ça peut donner envie de rester amis déjà, c’est pas mal.

RECHT : On se voit pas dépositaires de la marque BD Moorcocks, moi c’est pas mon but en tout cas. Si l’envie me vient pourquoi pas, mais j’ai pas envie d’en faire un fond de commerce. Moi j’ai rêvé très fort d’Elric, si des gens rêvent très fort d’Hawkmoon ça serait formidable. Pas besoin de moi pour le faire.

FA_illustration_000492_0x260BLONDEL : Pour être très concret sur cette série et des éventuelles suites, Moorcock nous a confié tout Elric, ça nous convient très bien, on a déjà préparé le découpage de ce qu’il reste à dire sur Elric. Les aventures sur les jeunes royaumes, la partie sur la fin des temps, tout ce qui vient après l’époque Melniboné est donc grossièrement découpé pour savoir où on pourrait aller. Après sur le champion éternel et le rapport aux autres. Ces personnages là on sait qu’on pourrait les connecter, ouvrir des portes faire un one shot, proposer une série parallèle. Voilà c’est ce qu’on pourrait faire, mais on va attendre de voir comment ça fonctionne, l’accueil du public, nos envies, les disponibilités, le marché, le temps qui passe. Pour le moment c’est Elric.

Nous tenions à remercier la librairie Multi BD, les éditions Glénat et surtout Robin et Julien pour leur gentillesse et leur disponibilité.La critique d’Elric : Le Trône de Rubis concoctée par Yann arrive bientôt !

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