GTA 5 : l’Amérique grinçante - Comics Prime

Peut-on parler du jeu le plus ambitieux des années 2010 ? Peut-être au vu de l’impact culturel encore fort de ce cinquième Grand Theft Auto et de sa grande longévité dans un milieu où la consommation est aussi rapide que les avancées techniques. Alors jetons un petit coup d’œil curieux au bébé de Rockstar, clairement l’une des grandes réussites du domaine durant la décennie passée.

GTA. Il suffit de mentionner ces trois lettres pour rappeler à certains d’excellents souvenirs et à d’autres des polémiques stériles sur la violence vidéoludique. Ainsi, en creusant derrière l’agressivité faussement provoquée envers ses utilisateurs se dissimule un regard d’un cynisme fort envers l’Amérique. Ce n’est pas pour rien que nos trois héros sont différents types de gangsters, aux provenances et volontés différentes, car ils relèvent tous du même concept de Self Made Man et d’un rêve américain qui n’est qu’illusoire et profondément matérialiste. Chaque coup relève de mouvements de manipulations de certains pouvoirs, institués ou financiers, mais faisant tout pour appuyer sa place au sommet. Le final du jeu peut alors permettre au joueur de retourner ce tableau… ou bien de le conforter, avec des conséquences désastreuses.

Revenons un peu sur les deux liens les plus forts entre les personnages, dont l’écriture affirme, selon l’ultime décision du joueur, la prévalence des réseaux humains sur la pression du pouvoir. Il y a quelque chose de touchant dans le fait de voir Franklin et Michael établir une relation d’élève-maître qui s’oriente sans détour par du paternel touchant, chacun trouvant dans l’autre quelque chose les rendant plus glorieux et forts que ce qu’ils pensent d’eux-mêmes. Franklin voit en Michael un mentor, un modèle duquel il doit savoir se détourner, notamment par son rapport avec son quartier d’origine, soulevant une différence de classe sociale. Cette dernière cherche d’ailleurs à être brisée par Michael qui espère que son ami ne refasse pas ses erreurs de jeunesse tout en lui permettant de revivre la sienne.

On ne peut également pas ignorer la rancœur alimentant le lien entre Michael et Trevor, fruit d’une trahison qui les marque chacun profondément. Cette amertume leur apporte une autre épaisseur, le premier voyant dans cet acte un mouvement libérateur mais dont l’enterrement symbolique allie celui de sa carrière de criminel et surtout une forme d’accomplissement qu’il ne saura retrouver que par l’intrigue du jeu. Concernant Trevor, son statut instable et autodestructeur symbolise autant la façon que certains joueurs cherchent à faire n’importe quoi que les conséquences de ces actes de chaos.

Le monde ouvert de Grand Theft Auto 5 amène ainsi une liberté d’action et même une certaine forme d’insouciance dans le fait de pouvoir conduire autant qu’on le souhaite ainsi qu’une large gamme d’exactions qui nous vaudraient dans la vie réelle une peine de prison assez salée. Néanmoins, si les créateurs jouent de cela, ils n’hésitent pas à impliquer une certaine conséquence, notamment dans l’IA particulièrement agressive des policiers ou encore une mort pouvant survenir de diverses manières (bien que les conséquences sont bien plus impactantes dans « Red Dead Redemption 2 »).

Il y a donc une certaine liberté de mouvement plus qu’agréable, notamment par une carte assez large dont on redécouvre encore diverses interactions ou autres easter eggs. L’ampleur de l’univers lui permet de toucher à différents styles, de multiplier les styles d’exploration (terrestre, maritime, aérien) avec une même fluidité, passant notamment par des commandes ergonomiquement exemplaires, faciles à appréhender pour toute personne ayant tenu une manette une fois dans sa vie. Il est donc aussi intuitif de piloter un avion que de se lancer dans une fusillade improvisée en plein centre-ville. Et si cela pourrait paraître banal pour les gamers plus expérimentés que l’auteur de ces lignes, cela ajoute à l’aspect immersif de la découverte de cet univers, bien aidé par un travail de lumière que l’on peut qualifier de superbe dans sa mise en avant de ses décors.

Ces derniers dégagent une vie qui date moins que certains jeux plus récents, sans doute bien aidés par la maîtrise technique de Rockstar et les moyens alloués pour cet épisode. Il y a ainsi un divertissement constant qui se ressent devant le jeu, même une fois toutes les missions principales terminées. Celles-ci créent néanmoins une intrigue solide, critiquant toute une forme de capitalisme qui s’avère également une forme de succès. Rendre ainsi les personnages propriétaires de certaines entreprises constituant une victoire totale par leur statut financier devenu plus stable. Être un criminel dans un tel milieu n’est donc pas réellement problématique car chacun agit comme tel dans cet univers et que tout le monde se doit de réagir afin de survivre au mieux à celui-ci.

Il réside donc quelque chose d’assez grinçant dans le jeu, reprochant la perpétuation dans un système tellement régi et inscrit qu’il faut trouver le moyen de s’en tirer au mieux pour son propre bien. Le regard posé sur celui-ci trouve en la multiplication de personnages principaux certes un gameplay et des techniques différentes mais surtout une diversification du questionnement individuel à ce sujet, chacun étant régi par une personnalité si opposée qu’il est compliqué de ne pas avoir de chouchou mais permettant aussi une réponse de l’un à l’autre par leur complémentarité, aussi bien technique que psychique.

C’est dans l’union que se trouve la réponse non pas uniquement à la survie ou au bien-être mais surtout à un modèle économique basé sur l’individuel. Si ce dernier n’est jamais nié, comme appuyé par les narrations propres à nos héros, le jeu parvient à appuyer la puissance du groupe par des missions plus énormes, multiples climax plus que prenants, jouant sur les particularités de chacun et amenant un plaisir de jeu démultiplié. Rockstar arrive à faire contre balancer ses trois protagonistes pour que leur storytelling personnel se rejoigne dans un groupe proche d’une nouvelle famille par la force de l’amitié les unissant.

On pourra sûrement trouver à redire par rapport à certains points, notamment une physique des voitures s’avérant peu réaliste, mais cela colle justement à une société en décalage de notre réalité. Le monde de GTA est un décalque exacerbé, que ce soit dans ses mécaniques de jeu ou bien son regard sur le système économique (user par exemple de la bourse dans les missions d’assassinat pour réussir) ou bien même social de notre propre univers par certains détails qu’on laissera libre au joueur de découvrir. Les quelques points négatifs ne sont au final que des scories au vu des larges possibilités, que ce soit par l’intrigue principale, ses missions secondaires ou même les multiples activités disponibles (yoga, tennis, vélo, …).

Pas étonnant alors que GTA soit encore aussi apprécié actuellement, continuant encore et encore à se vendre bien qu’il date déjà de générations de consoles éteintes ou proches de l’être. Le jeu de Rockstar est un modèle d’expérience immersive au plaisir constant et n’hésitant pas dans son récit à balancer des pichenettes à une Amérique pronant l’individualisme, l’argent et une forme de déshumanisation, le tout avec plus ou moins de subtilité mais toujours autant de réussite. En attendant un éventuel retour de la saga sur les nouvelles consoles et à défaut de se refaire les épisodes plus rétro, n’hésitez pas à revenir faire un tour à Los Santos et ses environs : vous y serez toujours autant le bienvenu.

GTA 5 : l’Amérique grinçante
Pas étonnant que GTA V soit encore aussi populaire des années après sa sortie vu ses nombreuses qualités.
Scénario
Graphismes
Gameplay
On aime
  • Une prise en main directe.
  • Les possibilités du monde ouvert
  • Nos trois héros.
On aime moins
  • Scénario un poil trop grinçant.
4.4Note Finale
Contenu non disponible.
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