Critique VF : Jim Henson's Tale of Sand - Comics Prime

ToS_mep_cover_CS5.inddD’après un scénario écrit pour le cinéma par : Jim Henson et Jerry Juhl
Adaptation et dessin : Ramón K. Pérez
Encrage : R.K. Pérez, Walden Wong, Cameron Stewart et autres
Couleurs : R.K. Pérez, Ian Herring, Jordie Bellaire, Kalman Andrasofsky
Lettrage : Deron Bennett
Edition :Paquet

Résumé : Quelque part dans le désert de l’Ouest américain, les habitants d’un village font la fête et remettent une série d’objets farfelus  – des clefs géantes, un 78 tours, un bouquet de roses, un signal STOP – à un homme qui ressemble comme deux gouttes d’eau au cow-boy Marlboro sans son chapeau. Ce héros mystérieux reçoit une carte et des instructions opaques et part dans le désert avec 10 minutes d’avance sur un énigmatique poursuivant à barbichette et à la gâchette précise et rapide.

Présentation : Jim Henson’s Tale of Sand (Une histoire de sable), éditée aux US par l’éditeur indép’ Archaia et en français par les éditions suisses Paquet, est un des albums incontournables de la fin 2012 et donc de début 2013. Pourquoi incontournable? D’abord parce qu’il touche à l’œuvre d’un artiste américain majeur du 20 ème siècle, à savoir Jim Henson le créateur du Muppet Show, de Sesame Street et des films Dark Crystal et Labyrinth . Ensuite parce que ce projet « de commande« , imaginé par des éditeurs et des ayants droits, a raflé TOUTES les récompenses aux USA: 3 Eisner Awards ( dont celui de meilleur album), 2 Harvey Awards et 1 Shuster Award. Egratignant au passage un certain mythe de l’Auteur parfois trop présent chez nous en Europe.

Tale-of-Sand-Preview-1

Concept et genèse du projet : Tout commence par la découverte dans les archives de la Jim Henson Company d’un scénario original de long métrage semi réaliste et semi absurde écrit par Henson et son partenaire créatif Jerry Juhl. Un scénario aboutit, avec plusieurs versions terminées, mais jamais porté à l’écran. Sans doute à cause du succès accaparant de Kermit et ses potes.

Cherchant une manière de faire découvrir ce document historique au plus grand nombre mais sentant très bien qu’un long métrage de ce genre serait une chimère dans le contexte cinématographique actuel, les ayants droits de Henson se tournent vers l’éditeur de nombreuses autres adaptation BD de franchises hensoniennes: Archaia. L’éditeur organise un casting d’auteurs et c’est finalement le dessinateur canadien Ramon Perez qui monte à bord. Pour l’occasion, il réinvente son trait, qui se rapproche du classicisme de la Ligne Claire d’Hergé, et imagine une mise en couleur et une mise en page radicalement à l’opposée des BD actuelles, fortement inspirée du travail récent de David « Batman Year One & Daredevil Born Again » Mazuchelli sur Asterios Polyp, autre album multi récompensé sortit à peine deux ans plus tôt. La palette et les aplats de couleurs primaires virants vers les tons pastels est très similaire dans les deux romans graphiques. Elle contribue à créer une atmosphere irréelle 100% bd.

Tale-of-Sand-Preview-PG11

Mon avis : Le résultat final est un récit haletant à la croisée des chemins improbable entre Clint Eastwood,  Tex Avery et David Lynch. Une histoire inventive digne des meilleurs épisodes de la 4ème Dimension. Il faut voir le héros échapper à un tank  grâce à un gramophone pour comprendre l’absurde génie du scénario. Quand à la partie graphique. Elle n’est pas en rade. Empruntant à Hellboy son principe de mise en cases non-linéaires, Perez nous livre des doubles pages hallucinantes qui doivent être regardées  et ressenties comme un tout plutôt que lues cases après cases de gauche à droite. Ici peu importe l’ordre où vous lirez les cases, l’action reste compréhensible comme dans les meilleurs travaux de Mike Mignola.

Tale-of-Sand-Preview-PG4-5Le mythe de l’Auteur, créateur absolu qui injecte son « soi » profond  pour accoucher d’une oeuvre toujours forcément biographique en prend un sacré coup. Qu’un projet né de l’impulsion d’une société de gestion du patrimoine créatif d’un auteur mort puisse malgré l’absence de liens fort entre ses artisans et son sujet devenir l’album de l’année outre atlantique est un formidable témoignage de la puissance narrative que peut atteindre un système de production purement mercantile proche de celui des studios hollywoodiens.

Tale of Sand, adaptation des écrits de Henson par un artiste canadien qui passait par là, est fascinant parce qu’il ne respecte pas nos a priori, parce qu’il témoigne de l’impasse créative (ou si vous préférez d’un acte manqué) d’un auteur populaire majeure, et aussi en sous-sous-sous-texte parce qu’il pose la question de la reconnaissance et de l’importance des co-créateurs salariés, à savoir ici Jerry Juhl et Ramón Perez.

 

Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer