[CINÉ CLUB] Days of Future Past : la fin des temps ? - Comics Prime

Impossible désormais de dire qu’Avengers : Endgame est un échec au box-office au vu du raz-de-marée financier qu’il a provoqué et qui rendrait jaloux n’importe quel exécutif de Warner qui aurait souhaité les mêmes recettes pour Justice League. Mais tandis que les frères Russo ont désormais autorisé les spoilers, permettant à chacun de s’exprimer plus librement sur ce qu’il a apprécié (ou non) dans le film, on peut désormais se demander si une comparaison ne pourrait pas être faite avec un autre film sorti il y a cinq ans déjà : X-Men Days of Future Past. En effet, des héros forcés de voyager dans le temps afin d’éviter un large génocide dans une mission de la dernière chance, cela ne vous rappelle rien ? Alors que le prochain volet de la saga mutante devrait débarquer dans les prochaines semaines en salles, revenons un peu sur un film de super-héros bien plus riche qu’il n’y paraît.

Un voyage temporel ambitieux

La question qu’ont dû se poser les exécutifs de la Fox après les chiffres encourageants de First Class était comment capitaliser sur de telles recettes tout en profitant du renom de la première génération de mutants. La réponse vint d’un arc narratif datant de 1981 avec « Days of Future Past ». Ce run venant des numéros 141 et 142 de The Uncanny X-Men suit nos héros renvoyer Kitty Pride dans les années 80 afin de prévenir ses camarades d’un événement à venir, ce qui conduira à éviter un génocide mutant. Bien évidemment, le film ne pouvait se permettre de renvoyer la même héroïne durant les années 70, époque clé du film, étant donné sa jeunesse. La tâche est donc confiée à Logan, aussi bien pour des raisons scénaristiques que pour des motifs de popularité du personnage.

En cela, la gestion du voyage temporel s’avère moins confuse que dans Endgame et permet de mettre de côté toute forme de paradoxe sur lesquels auraient pu se battre scénaristes et réalisateurs, un peu comme pour le dernier Avengers. Ici, le début du film transpire directement l’influence de James Cameron, dont les Terminator et leur futur apocalyptique se retrouvent ici. La gestion des sentinelles en menace difficile à vaincre relève de la même logique narrative et trouve une gestion stylistique réussie, contrairement à ce que pensait Tom Rothman, ancien patron de la Fox qui aura mis plusieurs bâtons dans les roues des adaptations sur grand écran des X-Men. La gestion du voyage dans le temps sera appuyée par une scène du Rogue Cut où les personnages confirment être prêts à disparaître purement et simplement de l’existence si cela permet de mener à une ligne temporelle bien moins destructrice.

Un contexte historique passionnant

L’autre période temporelle est donc 1973, l’occasion pour Singer d’installer une ambiance de méfiance permanente due notamment à la défaite américaine au Vietnam. L’occasion pour le réalisateur d’installer tout un sous-texte historique palpable expliquant notamment les brisures de ses héros et le sentiment de doute de cette période. Il se permet même, dans le Rogue Cut, de terminer un plan par une vue sur les World Trade Center, comme s’il voulait rappeler que les germes paranoïaques plantés à cette époque ont pu mener à ce qui restera l’un des événements tragiques les plus médiatisés de ces dernières années, si pas le plus médiatisé par sa couverture en direct.

Loin d’être une simple couverture temporelle, la décision de placer l’intrigue en 1973 rentre dans une certaine logique narrative telle qu’appuyée par la nature du méchant du film, Bolivar Trask. Ce dernier cherche justement à profiter de cette période où chacun a pu perdre ses repères moraux au vu des événements post-affrontement et la guerre froide qui régit encore explique ses agissements, cherchant à sauver l’humanité d’un affrontement désastreux pour mener le front face à un ennemi commun : les mutants. De quoi rajouter de la profondeur à un film qui aurait pu n’être que simples accumulations d’actions sans âme.

Drame et divertissement

Mais pas d’inquiétude pour le spectateur en quête de divertissement : il y a de quoi ravir n’importe quel public armé de son seau de pop-corn. Le sommet du film reste néanmoins la scène de Quicksilver, jouant de sa vitesse pour sauver nos héros. Si « Apocalypse » aura refait par la suite une même scène en version plus destructrice, cette scène sur fond de « Time in a bottle » profite de sa première apparition, de la fraîcheur qu’elle prodiguait à sa sortie et de l’exaltation qu’elle provoque encore. Difficile également de ne pas parler du montage alterné final, double climax où les erreurs des uns peuvent coûter la vie des autres avec une certaine amertume et une brutalité assez sèche pour du PG13.

Le mot amertume colle effectivement bien au ton intégral du récit, notamment dans un Rogue Cut plus ample et permettant au personnage de Malicia de reprendre un certain rôle tout en amenant un triangle amoureux tragique. Ici, bien que la gestion du temps puisse « annuler » la mort des personnages, la vision de celles-ci nourrit les craintes du public, ayant grandi avec la plupart et devant faire face au risque d’échec des mutants suite aux actions passées du Professeur X et de Magnéto. Leur relation connaîtra ici un certain sommet, là où « Apocalypse » semble tourner en rond au vu de la gestion de leur amitié.

Time in a bottle

Bryan Singer fait preuve ici d’un véritable amour aussi bien pour les mutants qu’il aura porté sur les deux premiers X-Men que pour la génération amenée par Matthew Vaughn avec First Class, faisant prendre une véritable profondeur psychologique à certains lors de scènes à l’émotion non feinte, telle la rencontre entre les deux Charles, moment émouvant porté par la musique d’un John Ottman qui aura su mieux gérer le montage qu’une OST assez oubliable excepté pour quelques morceaux. Il est d’ailleurs « amusant » de se rappeler qu’il a reçu l’Oscar dans le domaine pour Bohemian Rhapsody, rabroué encore et encore pour l’accumulation catastrophique de certains plans, notamment lors d’une scène de conversation qui aura fait le tour d’Internet.

Au final, revoir « Days of Future Past » 5 ans après sa sortie alors que les films de super-héros sont au summum et que le prochain volet s’annonce ironiquement comme une conclusion catastrophique rappelle les sommets qu’aura connu le genre. Il y a un véritable amour pour les personnages qui effectuent un passage de flambeau plus que convaincant, portés par un casting des plus solides captant au mieux leurs rôles. Singer se démène à la mise en scène, la photographie de Newton Thomas Sigel est tout simplement sublime et le script est d’une solidité exemplaire. Bref, ce « Days of Future Past », encore plus dans son « Rogue cut », fait partie du summum que le cinéma super-héroïque aura su nous offrir. De quoi servir d’exemple à certains metteurs en scène ayant autant d’amour pour leurs héros que d’inventivité derrière la caméra, c’est-à-dire aucun. Il ne reste plus qu’à laisser au temps le soin de confirmer dans les mémoires cinéphagiques des prochaines années que ce film reste une éblouissante réussite.

[CINÉ CLUB] Days of Future Past : la fin des temps ?
Scénario
Réalisation
Casting
On aime
  • La mise en scène solide
  • Le scénario riche
  • La photographie
On aime moins
  • Une musique inégale
  • Le Rogue Cut aurait dû être le montage cinéma
4.7Note Finale
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